Évaluer une action vélo : des indicateurs simples pour le bilan au financeur

Imaginons que Sophie, coordinatrice d’une association d’Aubervilliers, ouvre un tiroir le jour du bilan. Dedans : quarante fiches de présence, des notes au crayon, aucune idée de ce qu’il faut en tirer. Pour évaluer une action vélo, il faut avoir choisi ce qu’on mesure avant la première séance, pas après la dernière.

Voici la réponse courte. Évaluer, c’est comparer ce qui était prévu et ce qui a été fait, puis s’en servir pour améliorer. L’ANCT résume l’enjeu ainsi : « Un projet qui se mesure et prouve son efficacité se finance et se reconduit plus facilement. » Le bilan repose sur des indicateurs choisis dès les objectifs, et sur un compte rendu simple. L’association Vélo Passerelle n’a encore réalisé aucune séance : cette page donne une méthode, pas un résultat. Pour les structures qui commandent une action, la page commanditaires décrit l’offre.

Pourquoi le financeur demande un bilan

Un financeur public verse de l’argent pour une action précise. Il veut savoir si l’argent a servi à cela. D’où le bilan.

Le cadre vient de la loi. Quand une subvention est affectée à une dépense déterminée, l’association doit produire un compte rendu financier. C’est un document qui montre comment la somme a été dépensée. Il se dépose dans les six mois suivant la fin de l’exercice, c’est-à-dire de l’année comptable. La règle est fixée à l’article 10 de la loi du 12 avril 2000.

Le montant change aussi la forme. D’après le décret de 2001, au-delà de 23 000 euros par an, une convention est obligatoire. Elle fixe l’objet de la subvention, son versement, son utilisation, mais aussi les modalités de contrôle et d’évaluation. En dessous de ce montant, la convention n’est pas obligatoire au titre de cet article.

Autre point à connaître : le budget, les comptes et le compte rendu d’un organisme subventionné sont communicables à toute personne qui en fait la demande. Ce que vous écrivez peut donc être lu par d’autres que le financeur.

En politique de la ville, l’enjeu est très concret en Seine-Saint-Denis. D’après la préfecture, l’absence de justification bloque la mise en paiement de la nouvelle subvention. Un bilan oublié retarde donc la suite. Pour le dépôt lui-même sur la plateforme Dauphin, voir le pas-à-pas pour déposer une action vélo dans un contrat de ville. Ici, on s’arrête au bilan.

Trois sortes d’indicateurs : réalisation, résultats, impact

Un indicateur, c’est un repère qu’on peut compter ou observer. Il dit si un objectif avance. La notice officielle du formulaire de demande de subvention, lue le 15 octobre 2026, propose d’en assortir chaque objectif opérationnel. Elle en distingue trois sortes. Une règle vaut pour toutes : on définit les indicateurs à partir des objectifs, jamais l’inverse. Si l’objectif est flou, aucun chiffre ne le sauvera.

La notice précise un autre point. Les indicateurs sont proposés par l’association, puis retenus avec l’administration. Rien ne vous empêche donc de les discuter avec votre financeur au moment de la convention. Elle ajoute que les moyens se proportionnent à l’enjeu. Un petit projet n’a pas besoin de toute la méthode.

Réalisation : ce qui a été mis en place

Ce sont les indicateurs les plus faciles. Ils comptent ce qui a été fait : des séances tenues, des personnes inscrites, des personnes présentes. On les relève sans effort si l’on tient une fiche de présence.

Résultats : les effets attendus

Ici, on regarde ce que l’action a changé pour les participants. Par exemple, savent-ils faire quelque chose qu’ils ne savaient pas faire au début ? C’est plus difficile à relever, parce qu’il faut observer au début et à la fin.

Impact : les retombées à plus long terme

L’impact regarde plus loin : ce qui change durablement, dans la vie des participants ou sur un quartier. Il demande du temps et des moyens. Pour une petite action, on le traite avec prudence, souvent par une simple question posée quelques mois après.

Pour savoir comment formuler un objectif précis, voir la méthode décrite dans la page pour écrire la demande de subvention d’une action vélo.

Des exemples d’indicateurs pour une action vélo

Aucun référentiel d’indicateurs propre au vélo n’a été lu pour cette page. Les documents d’Île-de-France Mobilités, du Département et du FDVA n’ont pas été consultés. Ce qui suit sont donc des exemples, jamais des normes, et aucun n’est exigé par un financeur. Aucune valeur cible n’est proposée : c’est à vous de la fixer avec votre financeur.

L’ANCT, dans son document 2026 sur Dauphin, parle d’indicateurs simples : les participants, leur progression, les activités menées et les retours des bénéficiaires. Le document de l’ANCT ajoute que les cibles se suivent pendant toute la durée de l’action. Les exemples ci-dessous en reprennent l’esprit.

Pour une vélo-école

Pour une vélo-école, un financeur pourrait retenir :

  • réalisation : le nombre de séances tenues, d’inscrits et de présents à chaque séance ;
  • résultat : la part des participants qui roulent seuls à la fin du cycle ;
  • impact : le nombre de personnes qui se remettent à pédaler dans leur semaine, relevé par une question quelques mois après.

Pour un atelier de réparation

Un atelier de réparation, en général, peut compter les vélos diagnostiqués et ceux remis en état. Il peut aussi compter les personnes venues apprendre un geste, et celles qui reviennent réparer seules. Rappelons qu’il s’agit d’un exemple : l’association n’a pas d’atelier ouvert à ce jour.

Pour Savoir Rouler à Vélo

Le Savoir Rouler à Vélo est un parcours de 10 heures de formation au minimum, réparties en 3 blocs. Il laisse une trace utile au bilan. D’après la foire aux questions du ministère des Sports, après l’intervention, l’intervenant déclare le nombre exact d’enfants ayant reçu l’attestation, leur âge et le nombre de filles et de garçons. Ces trois données forment une bonne base de bilan.

Attention : le Savoir Rouler à Vélo n’est pas une évaluation. L’attestation dit qu’un enfant a acquis les compétences du parcours, elle ne remplace pas vos propres indicateurs. Sur la question de savoir qui peut la valider, voir l’article sur la validation du Savoir Rouler à Vélo.

Retours des participants

Un court questionnaire de fin de cycle suffit : trois ou quatre questions simples, à remplir en deux minutes. Qu’avez-vous aimé ? Qu’est-ce qui était difficile ? Qu’aimeriez-vous faire ensuite ? Ces retours montrent au financeur que l’action touche son public.

Dans un centre social, un support existe déjà. La fiche SENACS sert de base au bilan d’agrément, avec des indicateurs comme les habitants participants ou la mixité des publics, selon la Caf. Le détail se trouve dans l’article sur le projet social d’un centre social et ses indicateurs.

Collecter pendant l’action, sans trop collecter

Le bilan se prépare dès la première séance. Rien de pire que de reconstituer des chiffres de mémoire des mois plus tard. Dès le début, on relève ce dont le bilan aura besoin : une fiche de présence, puis un court questionnaire à la fin.

Imaginons que Mamadou, animateur dans une association de Saint-Denis, relise ses fiches un soir de décembre. Il y trouve des prénoms, des âges, des numéros de téléphone, parfois des remarques sur la santé. Or son bilan ne demande que des comptes : combien de présents, combien de progrès. Une bonne partie de ces données ne lui sert à rien.

C’est là que la loi pose une limite. D’après l’article 4 de la loi Informatique et libertés, les données sont collectées pour des finalités déterminées, explicites et légitimes. Elles doivent être adéquates, pertinentes et limitées à ce qui est nécessaire. Elles ne se conservent pas plus longtemps que nécessaire.

Concrètement, posez-vous deux questions avant de noter une information. À quoi servira-t-elle dans le bilan ? Combien de temps la gardera-t-on ? Souvent, des comptes anonymes suffisent : « douze présents, dont cinq filles » en dit assez au financeur. Cette page ne donne pas de conseil juridique au-delà de ce texte.

Un tableau de bord de suivi peut aider, selon la notice. Mais il ne se justifie pas pour tous les projets. Pour une petite action, une simple feuille de calcul tenue à jour après chaque séance fait très bien l’affaire.

Remplir le bilan : le Cerfa 15059*02

Le compte rendu financier d’une subvention se remplit sur un formulaire, le Cerfa 15059*02. Il est téléchargeable sur le site des formulaires de l’administration, et service-public.fr explique à qui le remettre : l’autorité qui a versé la subvention. Les financeurs peuvent adapter les fiches.

Le formulaire compte trois feuillets : un bilan qualitatif, un tableau de données chiffrées et une annexe explicative. Voyons-les un par un.

Le bilan qualitatif

Il répond à trois questions. Combien de bénéficiaires, à peu près, et de quels publics ? À quelles dates et dans quels lieux l’action s’est-elle tenue ? Quels objectifs ont été atteints, au regard des indicateurs choisis au départ ? C’est ici que vos indicateurs prennent leur utilité. Sans eux, la troisième réponse reste un avis.

Si l’action ne s’est pas déroulée comme prévu, dites-le simplement et expliquez les écarts.

Le tableau chiffré et l’annexe

Le tableau compare trois colonnes : la prévision, la réalisation et le pourcentage. Il faut expliquer et justifier les écarts importants entre le budget prévu et le budget réellement dépensé. L’annexe sert à cela.

Les contributions volontaires, comme le bénévolat ou les mises à disposition, ne s’inscrivent que si l’information est chiffrée, valorisable, et si les méthodes d’enregistrement sont fiables. Le temps passé par des bénévoles, noté sur un coin de table, ne suffit pas. Si vous ne pouvez pas le prouver, laissez-le de côté.

Les pièces à joindre et la signature

Le compte rendu est accompagné du dernier rapport d’activité et des comptes approuvés. Le représentant légal de l’association le signe, et certifie ainsi que les informations sont exactes.

En cas de reconduction, la préfecture demande que le bilan intermédiaire ou définitif accompagne la nouvelle demande. Sur Dauphin, une seule saisie de justification vaut pour tous les financeurs ; le détail est dans le pas-à-pas sur Dauphin. À Est Ensemble, le Cerfa est mis en ligne pour le bilan intermédiaire ou final. Pour les échéances, la page sur le contrat de ville et ses échéances renvoie aux sources, sans que cet article n’en reprenne aucune.

Pour gagner du temps, des modèles de fiche d’action et d’indicateurs existent : voir les modèles de fiche action et de budget.

Subvention ou prestation : qui fait le bilan ?

Ces deux mots ne désignent pas la même chose, et le bilan en dépend. Selon l’article 9-1 de la loi du 12 avril 2000, la subvention finance des actions initiées, définies et mises en œuvre par l’organisme qui la reçoit. Elle ne peut pas rémunérer une prestation individualisée qui répond aux besoins de l’autorité.

Pour une mairie, une école ou un centre social qui achète une prestation, la logique est différente. Il n’y a pas de Cerfa à remplir, mais il y a un écrit à prévoir : quels relevés, à quel moment, sous quelle forme. Mieux vaut le décider avant la première séance.

Les structures qui commandent une action vélo trouvent le cadre sur la page destinée à ceux qui commandent une action vélo. Pour le choix entre marché public et devis, voir marché public ou devis : comment une collectivité commande.

Ce que Vélo Passerelle peut proposer

Vélo Passerelle est une association de Romainville, créée en juin 2026. Elle intervient de façon itinérante et travaille sur devis. L’encadrant est titulaire du CQP Animateur de mobilité à vélo (RNCP40916) et d’une carte professionnelle d’éducateur sportif.

À ce jour, l’association n’a réalisé aucune séance. Il s’agit donc d’une offre, pas d’un bilan. Elle pourrait aider une structure à choisir ses indicateurs avant le début d’une action. Elle pourrait aussi fournir les relevés d’une action commandée : présences, progression, retours. Les modalités se précisent dans le devis, comme pour toute commande, depuis la page des structures qui commandent. Le format du Savoir Rouler à Vélo proposé sur devis en est un exemple.

Questions fréquentes

Faut-il un bilan pour une petite subvention ?

Si la subvention est affectée à une dépense déterminée, un compte rendu financier reste exigé, même pour une petite somme. En revanche, la convention n’est obligatoire qu’au-delà de 23 000 euros par an. En dessous, elle n’est pas obligatoire au titre de l’article 10 de la loi. La notice précise aussi que la méthode d’évaluation n’est pas à appliquer dans toutes ses subtilités aux projets modestes. Un bilan court et honnête suffit souvent.

Quelle différence entre un indicateur de réalisation et un indicateur de résultat ?

Le premier compte ce qui a été fait. Le second dit ce que cela a changé. Pour une vélo-école, le nombre de séances tenues est un indicateur de réalisation. La part des participants qui roulent seuls à la fin est un indicateur de résultat. Le premier est facile à relever. Le second demande d’observer les participants au début et à la fin.

Peut-on noter les noms des participants ?

La loi Informatique et libertés demande une finalité claire, des données limitées au nécessaire et une durée de conservation limitée. Des comptes anonymes suffisent souvent pour un bilan. Avant de noter un nom, demandez-vous s’il sert vraiment au bilan. Cette réponse ne remplace pas un conseil juridique.

Que faire si l’action n’a pas eu lieu comme prévu ?

Le bilan sert justement à comparer le prévu et le réalisé. Expliquez donc les écarts : ce qui a changé, pourquoi, et ce que vous en avez retenu. Sur Dauphin, l’ANCT distingue plusieurs situations, selon que l’action est terminée, non réalisée ou en retard. Le détail se trouve dans l’article consacré au pas-à-pas sur Dauphin.

Qui fait le bilan quand on achète une prestation ?

Le compte rendu attendu se fixe avec le prestataire, dans la commande. Une subvention ne peut pas rémunérer une prestation commandée par une autorité. Avant de signer, précisez par écrit les relevés attendus et leur date de remise.

Les attestations Savoir Rouler à Vélo peuvent-elles servir au bilan ?

Oui, comme matière de bilan. À la fin du parcours, l’intervenant déclare le nombre exact d’enfants ayant reçu l’attestation, leur âge, et le nombre de filles et de garçons. Ces données alimentent bien un indicateur de réalisation. Mais le Savoir Rouler à Vélo n’est pas une évaluation : l’attestation ne remplace pas vos autres indicateurs.

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