Cours de vélo entre femmes : pourquoi des séances en non-mixité

  • #femmes
  • #vélo-école
  • #non-mixité
  • #apprendre le vélo

Un centre social reçoit une demande. Des jeunes filles voudraient apprendre à rouler, mais pas devant les garçons du quartier. Faut-il organiser un cours réservé aux filles ? Et a-t-on le droit de le faire ?

Une vélo-école en non-mixité, ce sont des séances d’apprentissage réservées à un groupe de femmes ou de jeunes filles. Le groupe est choisi, à la demande d’une structure, et il vient à côté de groupes mixtes. La loi l’admet quand la raison est justifiée et proportionnée. Le détail est plus bas. Vélo Passerelle n’a encore animé aucune séance : cet article décrit ce que l’association pourrait construire avec une structure, pas ce qu’elle a déjà fait.

Ce que disent les chiffres

Commençons par ce qui se mesure. Le ministère chargé des Transports a publié le 9 mai 2025 les résultats de son enquête nationale 2024 sur le vélo. Parmi les hommes, 29 % roulent au moins une fois par semaine. Parmi les femmes, ils sont 20 %.

L’édition précédente va dans le même sens. D’après les résultats de l’enquête 2023, 49 % des femmes disaient ne jamais utiliser de vélo, contre 37 % des hommes. Attention à la lecture : « ne jamais utiliser » n’est pas la même chose que « ne pas savoir rouler ». Une femme peut savoir pédaler et ne jamais le faire.

Le Cerema apporte un troisième repère. Dans ses chiffres clés sur le vélo à assistance électrique, il compte 36 % de femmes parmi les cyclistes en vélo classique, et 47 % parmi ceux en vélo électrique. Ces données viennent d’enquêtes menées entre 2021 et 2023.

Ces chiffres montrent un écart. Ils n’en donnent pas la cause, et la section suivante explique pourquoi il faut rester prudent.

Pourquoi des groupes entre femmes ou entre jeunes filles

Ce que rapporte l’ADEME chez les enfants

L’ADEME s’est penchée sur les trajets des enfants. Dans sa publication sur la mobilité des enfants, elle écrit : « À âge égal, les filles sont moins souvent autonomes que les garçons, notamment à vélo ou pour les trajets de loisirs. »

Elle ajoute que les filles sont perçues comme plus exposées aux agressions, quand les garçons sont associés aux risques routiers. Retenez le mot « perçues ». C’est une perception rapportée par l’ADEME, pas une mesure.

Le motif d’une ville devant le Défenseur des droits

Une ville a un jour expliqué pourquoi elle réservait des créneaux de sport aux femmes. C’était dans un dossier examiné par le Défenseur des droits. Son but : permettre à des femmes ou à des adolescentes de reprendre ou de commencer une pratique sportive « en évitant, dans un premier temps, la mixité ».

C’est le motif de cette ville, rien de plus. Ce n’est pas un constat du Défenseur des droits, et ce n’est pas une règle qui vaudrait partout.

Ce que les chiffres ne disent pas

Aucune source officielle lue pour cet article n’établit pourquoi les femmes roulent moins. L’enquête nationale mesure, elle n’explique pas. On ne peut donc pas écrire que telle peur ou telle contrainte explique l’écart.

Un groupe réservé n’est pas la réponse prouvée à une cause connue. C’est un choix, fait par une structure qui connaît son public et qui pense que ce cadre aidera certaines personnes à se lancer. Rien ne garantit qu’il protège ou qu’il donne un résultat.

Ce que dit la loi sur un groupe réservé aux femmes

Le principe : pas de distinction fondée sur le sexe

Le Code pénal pose la règle de base. L’article 225-1 définit la discrimination comme toute distinction faite entre des personnes à cause, entre autres critères, de leur sexe.

L’article 225-2 en tire les conséquences. Refuser un service, ou le subordonner à une condition fondée sur le sexe, est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Voilà pourquoi la question mérite d’être posée sérieusement.

L’exception quand la raison est justifiée

Le même code prévoit une exception. L’article 225-3, 4° écarte le délit pour les discriminations fondées sur le sexe, en matière d’accès aux biens et services, lorsqu’elles sont justifiées par « la protection des victimes de violences à caractère sexuel, des considérations liées au respect de la vie privée et de la décence, la promotion de l’égalité des sexes ou des intérêts des hommes ou des femmes, la liberté d’association ou l’organisation d’activités sportives ».

La liste est longue et chaque cas se juge à part. Ce texte ne dit pas qu’un cycle de vélo-école entre dans l’une de ces cases. C’est à la structure d’écrire sa raison et de pouvoir la défendre.

Un autre texte va dans le même sens. La loi du 27 mai 2008 interdit les discriminations dans l’accès aux biens et services. Elle précise toutefois que des différences peuvent être faites si elles sont justifiées par un but légitime, et si les moyens d’y arriver sont nécessaires et appropriés. En clair : il faut un but sérieux, et un moyen à la mesure de ce but.

Un exemple : la décision du Défenseur des droits de 2018

Prenons un cas réel. Dans sa décision n° 2018-306 du 27 décembre 2018, le Défenseur des droits examine un dispositif de cours de sport municipaux. Quatre cours sur vingt-sept étaient réservés aux femmes.

Il juge que cette différence repose sur un but légitime : encourager la pratique sportive des femmes. Il estime aussi que réserver quatre cours seulement est un moyen proportionné, puisque les hommes gardent accès aux installations. La ville s’est de plus engagée à mieux informer ses adhérents.

Gardez en tête la limite : c’est une décision sur un cas précis. Elle n’établit pas une règle générale, et elle ne dit pas qu’un autre groupe réservé serait forcément accepté.

Ce que s’engage à respecter une association subventionnée

Une dernière règle concerne les associations. Toute association qui demande une subvention publique ou un agrément de l’État signe le contrat d’engagement républicain, fixé par le décret n° 2021-1947. Son engagement n° 4 interdit les différences de traitement fondées sur le sexe qui ne reposeraient pas sur une différence de situation objective, en rapport avec l’objet de l’association.

Que retenir de tout cela ? Aucun texte ne nomme la non-mixité. Un groupe réservé tient sur trois points : une raison écrite, un public défini, et une proportion raisonnable à côté de groupes mixtes. Le même raisonnement vaut pour l’atelier de mécanique : voyez la page sur l’atelier de mécanique en mixité choisie.

Constituer un groupe de femmes ou de jeunes filles avec une structure

Vélo Passerelle est une association loi 1901 créée en juin 2026 à Romainville. Son objet, publié au Journal officiel, comprend l’apprentissage du vélo et l’inclusion. Des structures jeunesse du territoire posent déjà la question : comment constituer des groupes non mixtes pour les jeunes filles ? À la demande d’une structure, l’association pourra le faire, à côté de groupes mixtes.

Voici ce que la structure et l’association définiraient ensemble :

  • le public visé et la raison écrite du groupe ;
  • la place des groupes mixtes à côté du groupe réservé ;
  • la composition de l’encadrement ;
  • le lieu, chez la structure ;
  • le devis, porté par la structure.

Définir le public et écrire la raison du groupe

Le public peut être des jeunes filles, des jeunes femmes ou des femmes adultes. Pour les adultes, la page apprendre ou reprendre le vélo pour les femmes décrit l’offre. Pour les adolescentes et les jeunes adultes, voyez le vélo pour les jeunes de 11 à 25 ans. Pour les plus jeunes, le Savoir Rouler à Vélo pour les enfants est le dispositif national à l’école primaire.

La raison du groupe se rédige avant la première séance. Elle dit à qui le groupe s’adresse et pourquoi. C’est aussi ce qui permet d’informer les familles et les inscrites, comme la ville de l’exemple s’y était engagée.

Garder des groupes mixtes à côté

Le groupe réservé ne remplace pas les autres. Il vient à côté de groupes mixtes, dans une proportion raisonnable. La demande des structures porte d’ailleurs sur les deux formules. C’est la structure qui choisit ce qui convient à son public.

Encadrement, lieu et devis

La composition de l’encadrement se discute avec la structure. Aucune intervenante n’est annoncée à ce jour. L’association n’a pas de local : la prestation est itinérante depuis Romainville, et les séances auraient lieu chez la structure. Le coût est porté par la structure, sur devis. Un cycle de plusieurs séances en petit groupe reste à ce stade un projet.

Vous êtes un centre social ou une structure voisine ? Voyez ce que l’association propose aux centres sociaux. Pour lancer la discussion, vous pouvez demander une intervention.

Comment se passerait un cycle d’apprentissage

D’abord à l’abri, puis dans la circulation

Un cycle commencerait par une évaluation du niveau de chacune. Viendrait ensuite le travail en milieu fermé, à l’abri de la circulation. Puis le passage serait progressif vers la circulation en milieu ouvert. Cette progression suit le référentiel du CQP d’animateur de mobilité à vélo, qui prévoit d’amener les participants d’un milieu fermé vers la circulation.

Aucun niveau n’est requis au départ. Ce certificat vise en priorité « les personnes ne sachant pas faire de vélo ou n’étant pas à l’aise pour se déplacer à vélo ». Il s’agit aussi de lever les freins à la pratique du vélo, un à la fois.

Pour aller plus loin, lisez notre article pour surmonter la peur du vélo à l’âge adulte et celui pour apprendre à faire du vélo à l’âge adulte. La vélo-école adulte de l’association détaille le format prévu.

Qui encadrerait les séances

Les séances seraient encadrées par un titulaire du CQP Animateur de mobilité à vélo (RNCP40916) et d’une carte professionnelle d’éducateur sportif. Si deux adultes sont présents, il s’agira de deux adultes, dont un titulaire du CQP. Le détail de l’équipe se règle avec la structure.

Ce CQP est un certificat de qualification de la branche du sport. Ce n’est pas un diplôme d’État. Le Code du sport le range à part des diplômes du ministère, et ses conditions d’exercice sont : « Conduite de séances de découverte et d’initiation à la mobilité en vélo. » Les fiches officielles sont sur le site de France compétences.

Pourquoi cette qualification compte-t-elle ? Le Code du sport réserve l’encadrement d’une activité sportive contre rémunération aux titulaires d’une qualification enregistrée au répertoire national des certifications professionnelles. La carte professionnelle, elle, est délivrée par le préfet.

Questions fréquentes

Comment constituer des groupes non mixtes pour les jeunes filles ?

On commence par définir le public, puis on écrit la raison du groupe avant la première séance. Le groupe réservé vient à côté de groupes mixtes. Les séances auraient lieu chez la structure, et un devis lui serait remis.

Un cours de vélo réservé aux femmes est-il légal ?

Oui, quand la distinction est justifiée et proportionnée. Aucun texte ne nomme la non-mixité : tout repose sur une raison écrite, un public défini et un groupe qui reste raisonnable à côté de groupes mixtes. Chaque situation se juge séparément, comme le montre la section sur la loi.

Faut-il supprimer les groupes mixtes pour proposer un groupe entre femmes ?

Non. Le groupe réservé vient à côté de groupes mixtes, dans une proportion raisonnable. C’est justement cette proportion qui rend la différence de traitement plus facile à justifier.

Les séances seraient-elles encadrées par une femme ?

Aucune intervenante n’est annoncée à ce jour. La composition de l’encadrement se discute avec la structure qui demande le groupe.

Faut-il savoir déjà rouler pour rejoindre un groupe ?

Non. Le CQP vise en priorité les personnes qui ne savent pas faire de vélo ou qui ne sont pas à l’aise. La progression part du niveau de chacune.

Et pour les filles de 6 à 11 ans ?

Le Savoir Rouler à Vélo est un dispositif national pour les enfants de 6 à 11 ans. Il n’est pas réservé aux filles. Il représente 10 heures de formation au minimum, réparties en 3 blocs.

Où auraient lieu les séances et combien coûteraient-elles ?

Les séances auraient lieu chez la structure : l’association n’a pas de local, et sa prestation est itinérante depuis Romainville. Le coût est porté par la structure, sur devis. Aucun prix n’est affiché à ce jour.

À lire aussi

Constituer un groupe de femmes pour une vélo-école : le rôle du centre social et des femmes-relais

Qui repère et réunit les habitantes d'un quartier avant une vélo-école ? Le centre social, les femmes-relais et les textes qui les encadrent, sources à l'appui.

Lire

Femmes et vélo en Seine-Saint-Denis : ce que disent les chiffres de pratique

Femmes et vélo en Seine-Saint-Denis : qui va travailler à vélo selon le recensement Insee 2023, femmes et hommes, et ce que ces chiffres ne disent pas.

Lire

Rouler à vélo en jupe, avec un foulard, avec des enfants : solutions pratiques

Jupe, robe, foulard, enfants à vélo : ce que disent les textes cités, des conseils simples pour rouler à l'aise, et les sources officielles à consulter.

Lire

Apprendre le vélo en arrivant en France : les mots, les règles et où apprendre

Arrivé en France, vous voulez apprendre le vélo ? Les mots de la rue, les règles de base, un vélo en règle, le permis, et où trouver une vélo-école ici.

Lire

Vélo-école adulte : comment se passerait un cycle de 8 à 10 séances en groupe

Vélo-école adulte en groupe : tout ce que la structure prépare, comment se passerait une séance, les étapes d’un cycle et comment le commander, sur devis.

Lire

Cours de vélo adulte gratuit en Seine-Saint-Denis : qui paie vraiment les séances ?

Un cours de vélo adulte gratuit en Seine-Saint-Denis, c’est quelqu’un d’autre qui paie : qui, quels programmes sont fermés, et comment trouver un cours.

Lire

Retour aux actualités

Nous soutenirContact