Livraison à vélo : comment fonctionne la cyclo-logistique

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Illustration : Livraison à vélo : comment fonctionne la cyclo-logistique

Qui apporte le colis jusqu’à la porte, et avec quoi ? Dans certaines villes, la réponse tient en deux roues et une grande caisse devant le guidon.

Cette organisation a un nom : la cyclologistique. L’ADEME et Les Boîtes à Vélo la définissent comme « l’organisation et la réalisation du transport de marchandises ou de biens pour le compte d’autrui, réalisées en cycle (vélo) ». Il n’existe pas de définition officielle : on s’appuie donc sur celle-ci.

Le principe est simple. Les marchandises arrivent d’une grande plateforme en périphérie jusqu’à un petit relais en ville, appelé micro-hub. Elles repartent de là à vélo cargo.

Cyclologisticien ou livreur à vélo : qui fait quoi ?

On confond souvent les deux métiers. Ils ne font pas la même chose.

Le cyclologisticien gère les flux de marchandises. Il programme les arrivages, organise l’entreposage, prépare les tournées, informe les clients et échange avec les entreprises qui confient leurs colis. L’ADEME le résume ainsi : « Il est avant tout un logisticien. »

Le livreur à vélo assure le transport et la remise du colis au destinataire. C’est une partie de la chaîne, pas toute la chaîne.

Le ministère de la Transition écologique consacre aussi une rubrique au transport de marchandises à vélo dans ses pages sur les modes de déplacement.

Le vélo cargo, un cycle aux yeux du Code de la route

Il n’existe pas de catégorie « vélo cargo » dans le Code de la route. Un vélo cargo y est un simple cycle : un véhicule à deux roues au moins, propulsé par l’énergie musculaire de ceux qui sont dessus, comme le définit l’article R311-1.

Avec un moteur, il devient un cycle à pédalage assisté. Deux conditions : la puissance ne dépasse pas 0,25 kilowatt, et l’assistance se coupe à 25 km/h. Au-delà, ce n’est plus un vélo au sens du Code.

Comment ça marche : de l’entrepôt au micro-hub, puis au vélo

Le schéma se déroule en trois étapes.

  1. L’entrepôt ou la plateforme. C’est le modèle dominant de la logistique urbaine : un site en périphérie, souvent à 10-30 km du centre.
  2. Le micro-hub. C’est un petit lieu de stockage, installé près du centre dense. Il reçoit des marchandises chaque jour depuis la plateforme.
  3. Les tournées en vélo cargo. Elles couvrent de 2-3 km jusqu’à 10 km selon le poids transporté, avec jusqu’à 300 kg par véhicule.

Concrètement, le camion fait le long trajet une seule fois. Le vélo cargo fait ensuite plusieurs petits trajets dans les rues du centre.

Le micro-hub n’a pas toujours des murs. Sur un fleuve, une barge peut jouer ce rôle : le rapport ministériel précise que « la barge fait office de micro hub », et les vélos cargos partent de là.

Pourquoi les villes s’y intéressent

Un point de départ : la logistique urbaine ne compte que pour 10 à 15 % des déplacements motorisés, mais elle pèse jusqu’à 30 % des émissions dans les agglomérations denses. C’est ce qu’indique le rapport ministériel.

Côté pollution, l’ADEME donne un ordre de grandeur. Par kilomètre et à charge égale, le vélo cargo est au moins approximativement deux fois moins émetteur que le véhicule utilitaire léger, électrique ou thermique. Cela vaut pour les gaz à effet de serre, les particules fines et les oxydes d’azote.

Certaines villes ajoutent une règle locale. À Strasbourg, dans le secteur piéton de la Grande Île, les livraisons motorisées sont en principe interdites après 10h30. La cyclologistique, elle, y est autorisée toute la journée. C’est un exemple parmi d’autres, pas une règle nationale.

Pour que le système tienne, l’ADEME pose ses conditions : il faut des infrastructures cyclables. Elle recommande aussi aux collectivités de restreindre la circulation des autres modes.

Ce que montrent les chiffres des programmes

Ces chiffres décrivent des cas précis. Ils ne valent pas pour toutes les villes.

  • ColisActiv’, au niveau national. Au 30 juin 2025, ce programme avait soutenu la livraison par vélo cargo de près de 12,5 millions de colis, avec environ 120 donneurs d’ordre (les entreprises qui confient les colis) et 80 opérateurs dans 22 villes.
  • ColisActiv’ à Bordeaux. Le nombre de colis livrés à vélo cargo est passé de 380 000 en 2022 à 720 000 en 2024.
  • Marguerite. Ce programme vise les artisans et les commerçants. Pour 35 conversions à la cyclologistique, il relève 90 % d’énergie en moins et 92 % d’émissions de CO2 en moins.
  • Un pilote à Bordeaux. L’ADEME, l’école KEDGE et La Poste ont testé pendant un an cinq vélos cargos. À Bordeaux, ce pilote a mesuré un temps moyen par colis amélioré de 15 %, des émissions de CO2 en baisse de 23,6 % et une distance parcourue réduite de 42 % ou plus. Le détail est dans l’étude de l’ADEME.

Les trois premières sources sont dans le rapport ministériel sur la logistique urbaine.

Une filière qui se professionnalise

D’après le panorama publié en 2023, environ 200 entreprises de cyclologistique sont référencées dans 74 villes de France métropolitaine. Ce décompte laisse de côté le courrier de La Poste et les plateformes de livraison de repas.

Dans ce périmètre, une enquête des Boîtes à Vélo relayée par l’ADEME compte 86 % des emplois en contrats salariés. Les 14 % restants sont de la sous-traitance ou de la mise à disposition (intérimaires, auto-entrepreneurs). Attention : ce chiffre parle d’emplois, pas des personnes qui livrent.

En 2024, l’ADEME décrit un secteur en phase de stabilisation. Trois défis se posent : les volumes à livrer, le foncier en centre-ville (trouver de la place pour les micro-hubs) et le recrutement.

Le secteur s’est organisé par étapes. Les Boîtes à Vélo sont nées à Nantes dès 2012, et une association nationale a été décidée en janvier 2019. Le 9 novembre 2022, la Fédération professionnelle de cyclologistique a été lancée à l’Académie du Climat, à Paris. Elle est née au sein des Boîtes à Vélo, pour que la filière parle d’une seule voix.

Une précision utile : l’ADEME et le ministère ont soutenu l’étude nationale sur la cyclologistique, pas la Fédération.

Pour une autre entrée dans le sujet, voir notre autre article sur la cyclo-logistique.

Les programmes publics qui soutiennent la livraison à vélo

Plusieurs programmes encouragent ce mode de livraison. Chacun vise un public différent.

  • ColisActiv’ : une aide financière à la livraison par vélo cargo.
  • Cyclo-cargologie : de la sensibilisation et de la formation, sans aide financière.
  • Marguerite : un programme pour les artisans et les commerçants.
  • EVE : un programme de certificats d’économies d’énergie (CEE), piloté par l’ADEME. Il permet aux transporteurs de prendre un engagement volontaire de report de marchandises vers la cyclologistique.

Les résultats de ces programmes sont dans la section précédente.

Essayer ou s’équiper en Île-de-France

Louer un vélo cargo avec Véligo

Véligo Location est un service de location longue durée mis en place par Île-de-France Mobilités. Depuis janvier 2026, il est exploité par Cyclonova. Il propose des vélos cargos, avec une offre pour les professionnels. Les conditions et les tarifs sont sur le site du service.

L’aide d’Île-de-France Mobilités à l’achat

Les particuliers résidents majeurs peuvent demander une aide d’Île-de-France Mobilités. Elle va jusqu’à 600 € pour un vélo cargo avec assistance électrique et jusqu’à 400 € sans assistance. Elle ne dépasse jamais 50 % du coût, pour un vélo neuf ou reconditionné.

Pour voir toutes les aides au même endroit, lisez toutes les aides vélo en Île-de-France.

Les aides qui ont pris fin

Le bonus vélo national et la prime à la conversion ne sont plus en vigueur depuis le 14 février 2025. La prime CEE pour les vélos cargos des personnes morales a aussi disparu : sa fiche TRA-EQ-131 a été supprimée par arrêté du 29 septembre 2025. Ne comptez donc pas sur ces aides.

Essayer avant d’acheter : l’exemple de Cyclévolution

Acheter un vélo cargo est un gros choix. L’essayer d’abord aide à décider. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, le programme Cyclévolution, mené avec l’ADEME, a prêté gratuitement un vélo cargo électrique pendant un mois à onze entreprises.

Et Vélo Passerelle dans tout ça ?

L’association Vélo Passerelle n’est ni transporteur, ni livreur, ni loueur de vélos cargos. La cyclologistique ne figure pas dans son objet publié au Journal officiel. Pour connaître ce que l’association fait vraiment, lisez le projet de Vélo Passerelle.

Pour trouver les bons interlocuteurs, consultez la page d’orientation vers les acteurs de la cyclo-logistique.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la cyclo-logistique ?

C’est l’organisation et la réalisation du transport de marchandises pour le compte d’autrui, en vélo. Il n’existe pas de définition officielle : cette formulation est celle que proposent l’ADEME et Les Boîtes à Vélo. En pratique, des marchandises arrivent d’une plateforme en périphérie jusqu’à un petit relais en ville, puis finissent leur trajet en vélo cargo.

Un vélo cargo pollue-t-il moins qu’une camionnette ?

Selon l’ADEME, oui. Par kilomètre et à charge égale, un vélo cargo émet au moins approximativement deux fois moins de polluants qu’un véhicule utilitaire léger, qu’il soit électrique ou thermique. L’ADEME ne parle ici ni de rapidité, ni de stationnement.

Les emplois de la livraison à vélo sont-ils salariés ?

Dans le périmètre étudié, oui en grande majorité : une enquête des Boîtes à Vélo, relayée par l’ADEME, compte 86 % de contrats salariés et 14 % de sous-traitance ou de mise à disposition. Ce chiffre ne couvre ni les plateformes de repas ni le courrier de La Poste. Il ne dit donc rien du statut des livreurs de repas.

Combien de charge un vélo cargo peut-il transporter ?

Jusqu’à 300 kg par véhicule dans le schéma à micro-hub décrit par le rapport du ministère de la Transition écologique. C’est un maximum : la charge réelle dépend du modèle de vélo cargo et de la tournée.

Existe-t-il une aide pour acheter un vélo cargo en Île-de-France ?

Oui, pour les particuliers résidents : Île-de-France Mobilités propose une aide qui peut aller jusqu’à 600 € pour un modèle à assistance électrique et jusqu’à 400 € sans assistance, dans la limite de 50 % du coût. Le bonus vélo national, lui, a pris fin.

Vélo Passerelle fait-elle de la livraison à vélo ?

Non. L’association n’est ni transporteur, ni livreur, ni loueur de vélos cargos, et la cyclologistique ne figure pas dans son objet publié. Le site propose une page sur la cyclo-logistique qui oriente vers les acteurs du secteur.

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